La renouée du Japon est interdite dans l'Union depuis 2025
Le règlement d'exécution (UE) 2025/1422 du 17 juillet 2025, publié au Journal officiel de l'Union européenne le 18 juillet 2025, est entré en vigueur le 7 août 2025. Il a ajouté 26 espèces à la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union, dont trois renouées: la renouée du Japon (Reynoutria japonica), la renouée de Sakhaline (R. sachalinensis) et la renouée de Bohême (R. x bohemica).
La conséquence figure à l'article 7 du règlement (UE) n° 1143/2014: les spécimens de ces espèces ne peuvent être détenus, importés, élevés, transportés, mis sur le marché, utilisés, échangés, reproduits, cultivés ni relâchés dans l'environnement. En France, les articles L411-5 et L411-6 du code de l'environnement encadrent de la même façon l'introduction dans le milieu naturel, la détention, le transport, le colportage, l'utilisation, l'échange et la vente des espèces réglementées.
Reste la question que se pose tout propriétaire: faut-il éliminer un massif déjà installé? Cette obligation se décide au niveau national et cet article ne tranche pas à votre place. La Suède, par exemple, a classé les trois renouées parmi les espèces largement répandues sur son territoire, ce qui les exempte là-bas de l'obligation d'éradication, sans lever pour autant les interdictions de propagation, de vente et de transport. Pour savoir ce qui s'applique chez vous, renseignez-vous auprès de votre commune ou de la direction régionale de l'environnement.
Vous pouvez intervenir sur votre propre terrain. Pour un massif situé chez un voisin ou sur un terrain communal, demandez l'accord du propriétaire avant de toucher à quoi que ce soit.
Comment reconnaître la renouée du Japon
La renouée du Japon est une vivace au port de bambou. Les caractères décrits par l'agence suédoise de protection de la nature relèvent de la biologie de la plante et valent partout. Cette liste de contrôle s'utilise directement au jardin:
- Hauteur de 50 à 250 cm, port dressé et abondamment ramifié.
- Tige épaisse, creuse et légèrement lignifiée, vert clair ou brun rouge, souvent marquée de taches rougeâtres.
- Feuilles largement ovales de 5 à 15 cm, glabres sur les deux faces, de consistance coriace, à pointe nette et à base droite.
- Floraison en septembre et en octobre, fleurs blanches ou parfois rosées, en grappes lâches et ramifiées nées à l'aisselle des feuilles.
- Rhizomes massifs, longs de 5 à 6 mètres, capables de pousser jusqu'à un mètre en une seule saison.
En Suède, seuls des pieds femelles sont connus, si bien que la plante y fleurit sans pouvoir se reproduire par graines: toute la propagation passe par des fragments de tige et de rhizome. La confusion avec le bambou est fréquente. Le bambou a des chaumes lignifiés et des feuilles étroites, la renouée des pousses annuelles tendres et des feuilles larges.
Renouée du Japon, de Sakhaline, de Bohême et variété compacta
Les noms se mélangent souvent, et la confusion a des conséquences juridiques puisque les interdictions visent certains de ces taxons. Le tableau reprend le classement du risque publié par l'Artdatabanken de l'université suédoise des sciences agricoles (SLU) dans sa liste 2024, ainsi que le statut sur la liste de l'Union.
| Nom scientifique | Nom français | Classement du risque, Suède (SLU 2024) | Liste de l'Union |
|---|---|---|---|
| Reynoutria japonica | renouée du Japon | Risque très élevé (SE) | Oui, depuis le 7 août 2025 |
| Reynoutria sachalinensis | renouée de Sakhaline | Risque très élevé (SE) | Oui, depuis le 7 août 2025 |
| Reynoutria x bohemica | renouée de Bohême | Risque très élevé (SE) | Oui, depuis le 7 août 2025 |
| Reynoutria japonica var. compacta | variété de la renouée du Japon | Risque potentiellement élevé (PH) | Oui, comprise dans l'espèce Reynoutria japonica |
| Rubrivena polystachya | pas de nom français établi | Risque faible (LO) | Oui, depuis le 2 août 2022 |
La variété compacta passe souvent pour une parente inoffensive de la renouée du Japon. C'est inexact. Il s'agit d'une variété de la renouée du Japon, donc de la même espèce, et comme la liste de l'Union vise l'espèce Reynoutria japonica Houtt., elle relève des mêmes interdictions. Elle est plus basse, porte des fleurs rose rouge et des feuilles coriaces plus petites, au bord légèrement ondulé. L'Artdatabanken lui attribue un fort potentiel d'invasion mais un effet écologique jusqu'ici faible. Signalée pour la première fois en Suède en 1989 dans le Småland, elle y occupait fin 2024 un peu moins de 40 stations, dont la moitié apparues depuis 2020.
Rubrivena polystachya, anciennement Koenigia polystachya, n'appartient pas au même genre que la renouée du Japon malgré la proximité des noms. Elle figure elle aussi sur la liste de l'Union, mais depuis le 2 août 2022.
Pourquoi elle est si difficile à éliminer
L'agence suédoise de protection de la nature la décrit comme la plante envahissante la plus difficile à combattre dans le pays. Les raisons sont concrètes:
- Elle s'installe sur presque tous les types de sol.
- Moins d'un gramme de fragment de rhizome suffit à faire repartir un pied.
- Les racines peuvent rester en dormance plusieurs années avant d'émettre de nouvelles pousses.
- Elle démarre tôt au printemps et forme vite des massifs denses.
- Elle peut réagir à une intervention en émettant des drageons jusqu'à sept mètres du pied principal, parfois chez le voisin.
- Elle supporte les produits chimiques mieux que beaucoup d'autres espèces.
- Les rhizomes survivent souvent aux tentatives de brûlage.
La propagation sur de longues distances tient surtout aux mouvements de terre contenant des fragments de rhizome. Si vous achetez de la terre, demandez au vendeur d'où elle vient et si elle est exempte d'espèces envahissantes.
Ce que la renouée provoque réellement
La renouée du Japon évince les autres plantes et forme parfois des peuplements monospécifiques. Le milieu de vie des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et des mammifères s'en trouve modifié. Des terrains entiers peuvent se refermer, au point qu'il n'est plus possible d'y marcher ni d'y jardiner.
On lit souvent que la renouée fait éclater les fondations. L'agence suédoise de protection de la nature est plus mesurée: les racines peuvent pénétrer dans les bâtiments et les canalisations, mais le cas reste rare en Suède et concerne surtout des constructions anciennes déjà fissurées. Au Royaume-Uni, en revanche, la plante a pesé sur la valeur des biens et sur l'accès au crédit immobilier.
Les méthodes qui peuvent fonctionner
L'essentiel d'abord: l'agence suédoise de protection de la nature indique qu'il n'existe aujourd'hui aucune méthode de lutte qu'elle puisse recommander avec certitude ou garantir dans toutes les situations. Une méthode efficace à un endroit peut aggraver la propagation à un autre. Si vous ne pouvez pas mener une opération jusqu'au bout, choisissez une autre méthode ou attendez d'en avoir les moyens.
- Excavation et évacuation. Une intervention unique qui peut régler le problème, mais elle coûte cher et comporte plusieurs risques, sur place comme pendant le transport. Chaque rhizome sectionné par la pelle peut donner un nouveau pied. Établissez un plan de gestion des risques avant de commencer.
- Bâchage du sol. Demande une marge large et un terrain libre d'arbres, d'arbustes et de constructions, faute de quoi la bâche ne peut pas être fixée de façon étanche. Comptez plusieurs années et contrôlez les bords.
- Coupe et arrachage des racines. Simple, mais à répéter souvent pendant de nombreuses années. Sur un massif bien installé, il est douteux que la méthode soit utilisable, tant le risque de propagation est grand.
- Traitement thermique. Les parties souterraines sont traitées par la chaleur. La méthode consomme beaucoup d'énergie.
- Herbicides. Un produit phytopharmaceutique ne peut être mis sur le marché ni utilisé s'il n'est pas autorisé dans l'État membre concerné, selon l'article 28 du règlement (CE) n° 1107/2009. En Suède, le traitement au glyphosate est réservé aux professionnels titulaires d'un agrément, interdit dans certaines zones et à répéter plusieurs années de suite. Avant d'envisager un produit, vérifiez auprès de votre commune ce qui est autorisé là où vous habitez.
Une combinaison de plusieurs méthodes est souvent nécessaire. Comme la renouée progresse de proche en proche, c'est tout le massif qu'il faut traiter, même s'il franchit une limite de propriété.
Les méthodes illégales ou sans effet
Verser de l'essence, du gazole, de l'acide chlorhydrique, de l'acide sulfurique, de la soude caustique ou de l'acide de batterie sur un massif est très dangereux pour l'environnement. Aucun de ces produits n'est un produit phytopharmaceutique autorisé, et l'article 28 du règlement (CE) n° 1107/2009 interdit d'utiliser un produit qui ne l'est pas. Le procédé est en plus sans effet: ces substances ne sont pas absorbées activement par les racines et n'atteignent donc pratiquement pas les rhizomes.
Le sel n'est pas davantage un produit autorisé. La renouée le supporte bien et pousse volontiers sur les bords de route salés. Le sel, lui, détruit les organismes du sol, modifie sa chimie et sa capacité de rétention d'eau, et met très longtemps à être lessivé.
Le vinaigre de ménage n'est pas non plus un produit phytopharmaceutique autorisé. Là où des désherbants à base d'acide acétique ou d'acide pélargonique sont autorisés pour les particuliers, ils ne brûlent que la masse verte au-dessus du sol. Le rhizome, qui est la cible réelle, n'est pas touché.
Comment gérer les déchets verts et la terre
Une mauvaise gestion des déchets est l'une des causes les plus fréquentes de propagation.
- Avant de commencer, demandez à votre déchèterie si elle accepte la renouée et sous quel conditionnement.
- Transportez toujours la renouée dans des sacs plastique doubles et fermés. Ne transportez jamais de parties de plante en vrac, dans une remorque ouverte ou grillagée.
- Ne compostez jamais la renouée au jardin et ne la brûlez pas sur le terrain.
- Nettoyez la terre restée sur les outils, les machines et les chaussures après tout contact avec un massif.
- Attendez d'avoir passé au moins deux saisons sans nouvelle pousse avant de replanter. C'est seulement à ce moment que vous pouvez garnir la place de vivaces ou semer un mélange pour prairie fleurie.
Le Centre de ressources espèces exotiques envahissantes, animé par le comité français de l'UICN et l'Office français de la biodiversité, décrit les filières industrielles qui donnent des résultats: un compostage maîtrisé sur huit mois, avec deux retournements et une température de 70 °C le premier mois puis supérieure à 55 °C, une méthanisation qui bloque la reprise des tiges et des rhizomes dès quinze jours, et l'incinération. Ces traitements ne se font pas au jardin: passez par la filière que votre commune vous indique.
Signaler une découverte
Si vous repérez une renouée dans la nature, signalez-la avec des photos à la plateforme nationale de signalement des espèces ou à l'autorité compétente, de façon que la détermination puisse être vérifiée. Ces signalements servent à suivre la progression de l'espèce. Cela vaut pour les autres espèces envahissantes, par exemple le ver plat terrestre Obama nungara.
Pour un conseil adapté à votre situation, adressez-vous à votre commune ou au service régional de l'environnement.
Auteur: Johanna Damm
Vérifié par Erik Hoekstra
Dernière mise à jour 2026-09-15
